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Jeu, Aoû

La plus grande prison à ciel ouvert du monde

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Sous prétexte de « déradicalisation », le PCC a étendu son contrôle sur la population du Xinjiang à tous les aspects de la vie quotidienne.

La persécution des Ouïghours, des Kazakhs et d’autres musulmans du Xinjiang par les autorités affecte tous les aspects de leurs vies. Aussi, les traditions islamiques sont menacées d’extinction.

Plusieurs Chinois hans qui habitent et travaillent dans le Xinjiang ont décrit à Bitter Winter comment ils perçoivent la situation dans leur province.

Un combat contre des traditions séculaires

Un commerçant de la ville de Korla, dans le Xinjiang, a dit à Bitter Winter qu’il avait récemment invité quelques amis huis à partager un repas et qu’il avait pris des dispositions particulières pour servir de la nourriture halal. Il leur a dit : « Vous ne mangez pas de porc. Toute cette nourriture est halal. » L’un de ses amis huis s’est empressé de rétorquer, le regard terrifié : « Tu ne dois plus parler ainsi. On peut tout manger maintenant. Tu as dû remarquer que, dès que nous sommes arrivés, nous avons mis nos portables dans une autre pièce. Tous nos téléphones portables sont passés par les mains de la police. Si elle entend ces remarques, elle nous enfermera dans un camp d’étude. »

Un vendeur de vêtements a dit qu’une fille ouïghoure est venue dans sa boutique pour acheter des habits et qu’elle a vraiment aimé la coupe d’une jupe en particulier. Mais sa mère lui a montré du doigt le motif islamique imprimé sur le bas de la jupe et lui a dit fermement qu’elles ne pouvaient pas acheter le vêtement. La mère a également dit que le gouvernement avait stipulé qu’il était interdit de porter tout vêtement à motif islamique. Même les décorations pour la maison qui contiennent de tels motifs doivent être enlevées.

En février 2015, les autorités du Xinjiang ont promulgué le Règlement concernant l’interdiction du port du voile et de la burqa dans les lieux publics d’Urumqi. Le règlement ne porte pas seulement sur les burqas, mais il interdit aussi le port de robes ou de vêtements avec des symboles ou des motifs islamiques. Il est interdit aux femmes ouïghoures de se couvrir le visage et aux hommes de se laisser pousser une longue barbe. En outre, les musulmans huis ne sont pas autorisés à porter des kufis blancs.

Le commerçant nous a également confié que si les responsables de la communauté découvrent un musulman avec une longue barbe, ils l’obligeront à la raser et le forceront à écrire une déclaration disant « je me suis rasé la barbe de plein gré ».

Les Ouïghours ont pour usage de poser une couverture sur le sol pour s’asseoir dessus, mais le PCC exige maintenant qu’ils achètent des canapés pour s’asseoir dessus et des tables basses. Un directeur d’école a dit, impuissant : « Je dois me résoudre à acheter un canapé. Le gouvernement m’a donné un délai d’un mois pour l’acheter. Il viendra chez moi pour vérifier que je l’ai fait. »

Une habitante han a dit à Bitter Winter qu’elle avait posé la question suivante à une fillette ouïghoure de neuf ans : « Est-ce que tu apprends la langue ouïghoure à l’école ? ». La petite fille lui a répondu : « Nous n’apprenons pas la langue ouïghoure. Mon professeur m’a dit qu’il est interdit de garder ne serait-ce qu’un seul livre en ouïghour à la maison. J’ai jeté tous ces livres. Maintenant, je ne parle plus l’ouïghour. Lorsque que nous parlons entre nous, mon petit frère et moi, nous devons faire des gestes de la main quelquefois, mais nous ne communiquons jamais en ouïghour. J’ai peur d’aller rendre visite à ma grand-mère aussi, parce qu’elle ne parle pas mandarin. Lorsque je la vois, je suis incapable de communiquer avec elle. »

En 2019, le PCC a donné l’ordre aux Ouïghours de célébrer la Fête du printemps alors qu’auparavant, ils n’avaient jamais célébré ces fêtes des Hans. Avant la Fête du printemps, les autorités municipales de Hotan ont recruté des Hans pour faire du porte-à-porte chez les Ouïghours afin d’afficher des couplets de force dans leurs maisons et y accrocher des lanternes typiques de cette fête han. Les autorités ont payé 20 RMB (environ deux euros) pour chaque couplet accroché dans une maison ouïghoure et ont affirmé que cette initiative avait pour but de transformer la pensée des Ouïghours, afin qu’ils puissent apprendre des Hans et s’unir à eux pour rendre le pays plus fort et plus prospère.

Partout, des contrôles d’identité

Un enseignant du Xinjiang m’a dit que les habitants doivent maintenant emmener avec eux leur carte d’identité partout où ils vont. Qu’ils se rendent dans une école, un quartier résidentiel, un hôpital, une banque, un restaurant ou un magasin, ils doivent toujours présenter leur carte d’identité. Sans carte d’identité, ils ne peuvent même pas manger au restaurant. Lorsqu’ils entrent dans un centre commercial pour y faire des courses, ils doivent faire l’objet d’une fouille corporelle complète, tout comme lorsqu’ils montent à bord d’un avion. S’il y a ne serait-ce qu’une légère différence entre la photo sur la carte d’identité de la personne et son apparence au moment du contrôle, elle devra se rendre à un autre endroit pour être soumise à d’autres contrôles. Des habitants qui voulaient se rendre dans un centre commercial sans leurs cartes d’identité n’ont pas été autorisés à y entrer. Ils s’en sont plaints. Le personnel d’inspection a alors immédiatement appelé le poste de police pour demander d’envoyer des agents.

Le professeur a ajouté : « Grâce au directeur de l’école, j’ai réussi, après de nombreux efforts, à acheter un couteau à légumes. On m’a demandé de l’apporter au bureau de la communauté pour faire graver mon numéro de carte d’identité dessus. Il devait également être enregistré sur l’ordinateur. Le couteau à légumes ne peut être utilisé que dans la cuisine et doit être attaché à une chaîne en fer. » Il a expliqué que cette mesure mise en place par les autorités vise à empêcher les gens d’utiliser des couteaux de cuisine comme armes.

Espionnage obligatoire

Contrôle d’identité par la police, xinjiang Chine
Contrôle d’identité par la police (source : Internet)

Un directeur de prison qui a souhaité rester anonyme nous a confié que les Ouïghours sont enfermés dans des camps de transformation par l’éducation simplement pour s’être battus ou pour ne pas s’être arrêtés à un feu rouge. Ceux qui sont enfermés doivent donner les noms de deux à quatre personnes qui ont commis des infractions, telles que le port de couteaux réglementés ou d’autres outils pour couper hors de la maison sans autorisation. Il nous a dit : « Si vous leur donnez ces informations, vous ne serez pas torturé. Si vous refusez de le faire, vous serez soumis à la torture. Cette tactique oblige les gens à se dénoncer les uns les autres. Même certaines personnes qui étaient impliquées dans une bagarre il y a plus d’une décennie ont été dénoncées et arrêtées. »

La police conduit des inspections dans la rue, Xinjiang, Chine
La police conduit des inspections dans la rue (source : Internet)

Quant à la durée de détention de ces Ouïghours, il a déclaré : « Le gouvernement n’a nullement l’intention de les libérer. Le gouvernement n’a jamais expliqué quels crimes ces Ouïghours avaient commis. Le PCC veut simplement siniser les Ouïghours. Aujourd’hui, en marchant dans la rue, les Ouïghours baissent la tête lorsqu’ils voient passer des Hans. S’ils tombent accidentellement sur un Han, ils ont tellement peur qu’ils s’empressent de s’excuser. Quand ils traversent une intersection en voiture, ils ont peur d’être dénoncés par quelqu’un qui dirait qu’ils ont brûlé un feu rouge. »

 

La source: bitterwinter.org