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Mar, Nov

Les médias d’État chinois critiquent 22 nations qui ont conjointement condamné les atrocités commises dans le Xinjiang

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Les médias d’État chinois ont lancé une attaque contre les 22 pays qui ont cosigné une lettre condamnant la détention massive d’Ouïghours et d’autres minorités dans la région autonome Ouïghour du Xinjiang.

La Chine détiendrait au moins un million de Ouïghours et d’autres musulmans dans des camps de rééducation, qualifiés de « camps de concentration » par les groupes de défense des droits de l’homme.

Des ambassadeurs des Nations unies de 18 pays européens, du Japon, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont cosigné la lettre, publiée le 10 juillet, et l’ont envoyée au président du Conseil des droits de l’homme, Coly Seck, et au Haut Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.

Le Global Times, un média porte-parole du Parti communiste chinois, a lancé une contre-attaque le 11 juillet, une forme de représailles contre les nations qui ont dénoncé le traitement inhumain réservé par le régime chinois aux Ouïghours et aux groupes minoritaires musulmans du Xinjiang.

« Ces 22 nations ne représentent pas le monde, elles n’en constituent qu’une poignée », pouvait-on lire en titre de l’éditorial du Global Times.

L’article, écrit sur un ton très critique, affirme que de nombreux pays en développement, y compris la majorité des pays musulmans, comprennent et soutiennent la politique de la Chine visant à maintenir la stabilité dans le Xinjiang.

« Les 22 nations qui ont signé la déclaration commune sont toutes des pays développés, y compris les trois petits États baltes qui font toujours écho aux pays occidentaux pour des raisons géopolitiques. » L’article continue en précisant : « La population totale de ces pays ne représente que 500 millions de personnes. Ils ne constituent qu’une petite fraction de la population mondiale. Les gouvernements de ces pays refusent de respecter la réalité de la diversité dans le monde. Avec arrogance et une fierté démesurée, ils divisent en fait le monde en deux groupes opposés : une poignée de ‘nations privilégiées’ contre les vastes pays en développement. »

Le Global Times a affirmé que les pays européens sont indirectement responsables des attentats terroristes perpétrés dans le Xinjiang les années précédentes.

« Ce qui est encore plus scandaleux, c’est que certaines organisations prônant l’indépendance du Xinjiang ont leur siège dans certaines villes européennes. Certains pays européens leur fournissent des abris, des lieux de rassemblement et une aide pour faire entendre leur voix, et ont ainsi indirectement soutenu les attentats terroristes sanglants perpétrés dans le Xinjiang les années précédentes. »

L’éditorial conclut que les pays occidentaux sont extrêmement égoïstes et ignorent les droits de survie et de développement des pays en développement.

« L’Occident devrait faire une introspection sur les raisons pour lesquelles elle forme une petite clique, toujours en désaccord avec les vastes pays en développement. » L’article continue en précisant : « S’ils nous donnaient de bons conseils, nous les écouterions et en tiendrions compte, cependant, s’ils veulent agir comme nos professeurs et forcer la Chine à faire quoi que ce soit, nous dirons : ‘Désolé, nous ne sommes pas intéressés. S’il vous plaît, allez vous-en.’ »

Preuves de torture et de mauvais traitements : témoignages d’anciens détenus

La propagande chinoise a récemment donné un nouveau nom à ces camps de rééducation : centres de formation professionnelle. Le régime chinois justifie les mesures extrêmes comme étant nécessaires pour prévenir l’ « extrémisme » religieux et les « activités terroristes », et pour assurer « l’unité ethnique » et la sécurité nationale.

Cependant, d’anciens détenus ont décrit des décès, des tortures et un lavage de cerveau quotidien dans ces soi-disant « centres de formation professionnelle ».

Selon un rapport d’Amnesty International de septembre 2018, l’ancien détenu Kairat Samarkan a été envoyé dans un camp de détention en octobre 2017. Samarkan a témoigné qu’il avait été maltraité – indiquant qu’on l’avait contraint de porter des menottes sur ses bras et ses jambes et qu’il avait été forcé de rester debout dans une position fixe pendant 12 heures. Il a déclaré que près de 6 000 personnes étaient détenues dans le même camp, où elles étaient obligées de chanter des chansons politiques et d’étudier les discours du Parti communiste chinois (PCC). Ils ne pouvaient pas se parler et étaient obligés de chanter « Vive Xi Jinping » avant les repas. Kairat Samarkan a déclaré à Amnesty que les mauvais traitements qu’il avait subis l’avaient poussé à faire une tentative de suicide juste avant sa libération.

Mihrigul Tursun, une musulmane du Ouïghour précédemment détenue dans un camp de rééducation du Xinjiang, a témoigné lors d’une audition organisée par la Commission exécutive du Congrès américain sur la Chine en novembre 2018. Mihrigul Tursun a rencontré et épousé son mari, qui est Égyptien, lorsqu’elle étudiait l’anglais en Égypte.

Après avoir donné naissance à des triplés – deux garçons et une fille – en mars 2015, elle a eu du mal à s’occuper de ses enfants et avait besoin de l’aide de ses parents qui vivaient à Urumqi, la capitale du Xinjiang. Lorsque Mihrigul Tursun est retournée au Xinjiang, elle a été interrogée à l’aéroport d’Urumqi sur ce qu’elle avait fait en Égypte. Elle a ensuite été menottée et emmenée dans un centre de détention. Elle n’a pas été autorisée à être avec ses enfants en bas âge pendant près de trois mois.

Mihrigul Tursun a été temporairement libérée lorsque l’un de ses fils est décédé à l’hôpital – il n’avait que 4 mois.

Elle a déclaré que lorsqu’elle est retournée au centre de détention, elle a subi diverses formes de torture, notamment être attachée à une chaise et interrogée pendant quatre jours consécutifs alors qu’elle était privée de sommeil. Après quelques mois d’abus, elle a commencé à avoir des crises.

« Je pensais que je préférerais mourir que de subir cette torture. Je les ai suppliés de me tuer », a-t-elle déclaré dans sa déclaration.

Mihrigul Tursun a également déclaré avoir été témoin de la mort de neuf personnes en l’espace de trois mois alors qu’elle était confinée dans une cellule avec 68 autres femmes.